
LE
MUSÉE DU DÉSIR
Traduction pour le théâtre
d'une nouvelle inédite de John Berger "Museum of desire".
Création à l'Avant Seine de Colombes en septembre 2007 |
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Dans le "Musée du Désir"
Un homme tombe sous le charme d'une guide de
musée plutôt âgée et étrange. L'histoire
ne dévoile que le minimum et nous pose un certain nombre
de questions sur la réalité de la vie. Que ressentons-nous
à l'évocation du passé ? Ce que nous voyons
est-il révélateur de nous mêmes ? D'où
sommes nous, de quoi sommes nous fait? Recherchons nous quelque
chose en nous mêmes ? Tout est-il perdu et oublié ?
Cherchons nous tous à être désirés ?
Disons plutôt que le cœur de cette nouvelle est d'un
laconisme rafraîchissant:
"Être désiré est probablement le sentiment
qui nous rapproche le plus de l'immortalité."
Les subtilités du récit sont absolument hypnotiques
notamment en ce qui concerne la guide; chaque paragraphe est subtile
et progresses adroitement en actions et en réflexions. C'est
écrit avec délicatesse. Berger joue de son talent
d'immerger le lecteur à l'intérieur de la page et
comme la guide du musée qui attire et place les visiteurs
dans les sales, il saisit le lecteur. Nous suivons le narrateur
passionné dans sa déambulation qui l'emmène
jusqu'à envisager un moment de voler un cheval, ce qui serait
préférable que de posséder une œuvre d'art.
Le centre d'intérêt de Berger est dans la beauté
qui vit et palpite au présent. Il juxtapose cela avec les
histoires recueillies et présentées dans le musée.
Nous ne pouvons humer l'éther du passé. Les sentiments
de l'amour, particulièrement le désir ( qui résonne
avec le passé des anciens propriétaires de la maison)
hantent chaque passage, chaque corridor, chaque pièce. Nous
ne pouvons échapper ni au passé ni au présent,
nous sommes pris par le même sentiment de désir avec
la même avidité et la même aspiration. C'est
cette beauté triste qui enlace le passé et le présent
et le musée est le cadre où tous nos rêves et
désirs peuvent se révéler…
L'élégant guide de ce musée est le "temps"
lui-même glissant à travers les sales et rappelle à
tous les visiteurs que tout a une fin et que nous pouvons ou non
laisser une trace qui nous survivra.
" Elle était assez âgée et j'avais
l'impression que sa maigreur la faisait glisser dans le temps…"
Oh, mais Berger est habile quand la guide attire l'attention du
narrateur et des visiteurs sur l'image de la robe d'une jeune fille
d'un chef d'œuvre hollandais. Le fait-elle pour faire admirer
la peinture ou pour se questionner sur sa propre nudité ?
Est-elle le guide âgé d'un autre domaine, le déclencheur
du désir ? Est-elle la métaphore de l'amour perdu
? Est-ce ce que Berger désire que nous, lecteurs, interprétons
ou recherche-t-il l'introspection ? Cette nouvelle est une fable
simple mais dont les interprétations ne cessent de fluctuer.
La signification de cette fable s'enrichit de chaque lecture. Elle
est une des fables les plus denses que j'ai lues depuis longtemps.
Lee Rourke
14/05/2004
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"Rien n'arrête le désir.
L'autre jour, j'ai entendu l'un des nôtres expliquer pourquoi. Mais
je le savais déjà. Pense à un trou sans fond. Pense
à rien du tout. À absolument rien du tout.
Dedans, il y a un appel - tu me suis ? - un rien est un appel vers quelque
chose. Il n'en va pas autrement. Or il n'y a rien d'autre que cet appel,
nu et hurlant. Une envie. C'est là que nous touchons à l'éternelle
énigme qui consiste à faire quelque chose de rien."
John Berger
Extrait
"En bas, une horloge dorée puis une
autre carillonnèrent deux heures: le début de l'après-midi.
"Maintenant, nous allons", dit-elle en redressant la tête
"dans une autre partie du bois, le peintre y a figuré le matin,
tout est frais et chacun est vêtu légèrement –
la femme sur la balançoire également. Pas de statues de
l'Amitié, mais toutes les statues représentent des Amours.
On installait la balançoire au printemps. Une des pantoufle, remarquez
le, a été jetée. Intentionnellement ? ou non ? Qui
peut le dire ? Comment répondre à de telles questions quand
une jeune femme, légèrement habillée, s'assied sur
la balançoire, les pieds ne touchant pas terre. Le mari la pousse
dans le dos. La balançoire s'élève, redescend. L'amant
est caché dans les buissons face à elle, là où
elle lui a dit de se tapir. Sa robe – moins sophistiquée,
plus ordinaire que celles de Madame de Pompadour et entre nous je préfère,
est faite de satin avec des volants de dentelle. Savez-vous comment ils
appelaient le rouge de sa robe, ils l'appelaient pêche, bien que
personnellement je n'ai jamais vu une pêche de cette couleur, ni
même une pêche rougir. Les bas sont en coton blanc et leur
aspect n'a pas la délicatesse de la peau des genoux qu'ils recouvrent.
Les jarretières, rouges assorties aux pantoufles, sont trop petites
pour remonter davantage le long de la jambe sans couper le sang. Regardez
l'amant caché. Le pied qui n'a plus sa pantoufle, écarte
la jupe et le haut de la combinaison – la dentelle et le satin froufroutent
doucement dans le sens du balancement – et personne, je vous l'affirme,
personne en ces temps ne portait de sous-vêtements! Ses yeux s'écarquillent.
Comme elle en avait l'intention, il peut tout voir."
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